Histoire du Shibari
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Derrière la beauté des encordements que l'on voit aujourd'hui se cachent plusieurs siècles d'histoire japonaise, de l'art martial à l'art tout court.
Aux origines : le hojōjutsu
Tout commence avec le hojōjutsu, l'art martial de la contention par la corde. Pratiqué par les samouraïs puis par les forces de l'ordre, il se codifie pendant l'époque d'Edo (1603-1868). Il servait à immobiliser un prisonnier sans le blesser, mais pas seulement : la forme des nœuds et le schéma de l'encordement pouvaient indiquer le rang social du prisonnier ou la nature de son crime. La corde était déjà un langage.
Du théâtre à l'estampe
À la fin de l'époque d'Edo, les scènes de personnages ligotés apparaissent dans le théâtre kabuki et dans les estampes. La corde quitte peu à peu le domaine de la justice pour entrer dans celui de la représentation : elle devient un sujet esthétique et dramatique.
Itō Seiu, le père du kinbaku moderne
Au début du XXᵉ siècle, le peintre Itō Seiu étudie les techniques du hojōjutsu et les transpose dans ses dessins, puis dans ses photographies. Il est considéré comme le père du kinbaku moderne : pour la première fois, l'encordement est pensé pour le regard, comme une composition artistique.
L'après-guerre et les maîtres de la corde
Après 1945, des revues spécialisées comme Kitan Club font connaître le kinbaku à un public plus large. Une génération de nawashi, les maîtres de la corde, développe des styles personnels : Osada Eikichi, Akechi Denki, Yukimura Haruki… Leur travail, entre performance, photographie et transmission, façonne le shibari tel qu'on le pratique encore aujourd'hui.
L'arrivée en Occident
À partir des années 1990, le shibari traverse les frontières, porté notamment par les photographies de Nobuyoshi Araki exposées dans les galeries du monde entier, puis par Internet. C'est en Occident que le mot shibari s'impose, quand le Japon parle plutôt de kinbaku.
Aujourd'hui
Le shibari se pratique désormais partout dans le monde : ateliers, festivals, performances, expositions photographiques. Il conserve cet héritage singulier, où la technique héritée des samouraïs se met au service de la beauté du corps et de la confiance entre deux personnes.
Par Raph Ropes Rigger